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mercredi 14 mai 2008

Le prince et l’héritier

Vous êtes l’héritier d’une victime qui n’a pas déposé plainte de son vivant.

Pouvez-vous obtenir réparation devant une juridiction répressive ?

A priori oui, car la victime pouvait elle-même le faire : l'action civile en réparation du dommage causé par une infraction appartient à tous ceux qui ont personnellement souffert du dommage directement causé par l'infraction (article 2 du Code de procédure pénale).

La victime décédé pouvait donc agir et son droit à réparation est naturellement transmis à ses héritiers selon les règles du Code civil en matière de succession (articles 731 et suivant du Code civil).

Mais pour autant, vous ne pouvez être considéré comme victime directe de l’infraction…

Alors ?

La réponse vient d’être donnée par deux arrêts de l’assemblée plénière de la Cour de cassation : votre action sera recevable si ministère public lui-même a mis en mouvement l'action publique.

Cour de cassation - Assemblée plénière - Arrêt de cassation partielle n° 566 du 9 mai 2008 - 05-87.379

Vu les articles 2 et 3 du code de procédure pénale, ensemble l'article 731 du code civil ;

Attendu que toute personne victime d'un dommage, quelle qu'en soit la nature, a droit d'en obtenir réparation de celui qui l'a causé par sa faute ; que le droit à réparation du préjudice éprouvé par la victime avant son décès, étant né dans son patrimoine, se transmet à ses héritiers ;

Attendu, selon l'arrêt attaqué rendu sur renvoi après cassation, que MM. Jacques et Lionel X..., parties civiles, demandaient devant la cour d'appel saisie des seuls intérêts civils, en leur qualité d'héritiers de Antoine X..., la réparation des préjudices matériels et moraux causés par les faits de falsifications de chèques et usage dont leur auteur avait été victime ;

Attendu que pour déclarer cette demande irrecevable, après avoir dit constitués à la charge de Mme Ana Y..., renvoyée devant le tribunal correctionnel par ordonnance du juge d'instruction du 17 juin 2002, les éléments des infractions de falsifications de chèques et usage, l'arrêt retient que MM. Jacques et Lionel X... ne peuvent être considérés comme victimes directes de ces faits, alors même que leur auteur, bien qu'il en fût informé, n'avait jamais déposé plainte ni même manifesté l'intention de le faire ;

Qu'en statuant ainsi, alors que le droit à réparation des préjudices subis par Antoine X..., né dans son patrimoine, avait été transmis à ses héritiers qui étaient recevables à l'exercer devant la cour d'appel saisie des seuls intérêts civils, peu important que leur auteur n'ait pas introduit d'action à cette fin avant son décès, dès lors que le ministère public avait mis en mouvement l'action publique et que la victime n'avait pas renoncé à l'action civile, la cour d'appel a violé les textes susvisés ;


Attendu, selon l'arrêt attaqué (Bastia, 7 juin 2006), que Mme Angèle X... a cité directement devant le tribunal correctionnel M. Jean-René Y... et d'autres personnes, des chefs d'abus de faiblesse et d'autres infractions, pour obtenir réparation tant de son préjudice personnel que de celui de sa mère Irène X..., alors décédée ;

Attendu que Mme Angèle X... fait grief à l'arrêt de déclarer irrecevable la citation directe qu'elle a délivrée pour les faits dont aurait été victime sa mère, alors, selon le moyen, qu'est recevable l'action civile des ayants droit de la victime tendant à la réparation du préjudice personnel directement causé à cette dernière par l'infraction ;

qu'ainsi la cour d'appel n'a pu légalement déclarer irrecevable la citation directe de Mme Angèle X... à raison des faits dont avait été victime sa mère décédée, sans violer les articles 6 de la Convention européenne des droits de l'homme, 223-15-12 du code pénal, 2, 591 et 593 du code de procédure pénale ;

Mais attendu que, sauf exceptions légales, le droit de la partie civile de mettre en mouvement l'action publique est une prérogative de la victime qui a personnellement souffert de l'infraction ; que l'action publique n'ayant été mise en mouvement ni par la victime ni par le ministère public, seule la voie civile était ouverte à la demanderesse pour exercer le droit à réparation reçu en sa qualité d'héritière ;

lundi 25 février 2008

Le Président de la République derrière les barreaux ?

La rétention de sûreté ne sera donc pas rétroactive.

Telle sera la loi qui sera publiée au J.O du 26 février 2008.

Mais le Président de la République vient de demander au Premier Président de la Cour de Cassation « d'examiner la question » et de faire « toutes les propositions nécessaires » pour appliquer immédiatement la rétention de sûreté aux criminels déjà condamnés.

En d’autre terme, il vient de prendre une mesure destiné à faire échec à l’exécution de cette loi.

Ce comportement recoupe très exactement l’infraction prévue et réprimée par l’article 432-1 du Code pénal :

« Le fait, par une personne dépositaire de l'autorité publique, agissant dans l'exercice de ses fonctions, de prendre des mesures destinées à faire échec à l'exécution de la loi est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75000 euros d'amende ».

D’évidence, il s’agit là d’un abus d’autorité dirigé contre l’administration, pouvant être assimilé un « manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat ».

Cette remarque se fait, bien entendu, à la lumière de l’article 68 de la Constitution qui dispose : « Le Président de la République ne peut être destitué qu’en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat. La destitution est prononcée par le Parlement constitué en Haute Cour »).

Mais, ne rêvons pas.

Posons-nous la question : est-elle donc si fragile, notre démocratie ?

Peut-on, d’un coup de tête revenir sur un principe issu de la déclaration des droits de l’homme ?

Peut-on en un trait de plume supprimer le Conseil Constitutionnel ?

Sans conteste, nous vivons bien une «période sombre pour la justice » (R. BADINTER)

Qu’il nous soit permis néanmoins de répondre à la question du Président.

Nul besoin de violer la déclaration des droits de l’homme et du citoyen pour protéger des victimes potentielles.

Il suffit en effet d’appliquer l’article L. 3213-1 du Code de la santé publique qui dispose : « A Paris, le préfet de police et, dans les départements, les représentants de l'Etat prononcent par arrêté, au vu d'un certificat médical circonstancié, l'hospitalisation d'office des personnes dont les troubles mentaux nécessitent des soins et compromettent la sûreté des personnes ou portent atteinte, de façon grave, à l'ordre public. »


A consulter :

La Décision n° 2008-562 DC - 21 février 2008, « Loi relative à la rétention de sûreté et à la déclaration d'irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental ».

Texte de la loi déférée
Saisine par plus de soixante députés
Saisine par plus de soixante sénateurs
Observations du Gouvernement
Communiqué de presse
DÉCISION INTÉGRALE
Dossier documentaire
Législation consolidée avant décision
Commentaire aux Cahiers

Sur le site du Sénat, le dossier

La polémique :

Déclaration du Porte-parole suite à la validation par le Conseil Constitutionnel de l'introduction de la rétention de sûreté dans notre droit

Pour autant l'application immédiate de la rétention de sûreté aux criminels déjà condamnés, qui présentent les mêmes risques de récidive, reste un objectif légitime pour la protection des victimes.

Le Président de la République a demandé au Premier Président de la Cour de Cassation d'examiner la question et de faire toutes les propositions nécessaires pour l'atteindre.

Sur
le site du Monde : Rétention de sûreté : levée de boucliers contre l'initiative de Nicolas Sarkozy

Robert Badinter :
"Nous sommes dans une période sombre pour notre justice", Propos recueillis par Alain Salles

Rétention au futur antérieur - Libération - Il nous avait promis la sécurité comme valeur suprême, nous devions donc nous trouver prêts à tous les sacrifices, à commencer par le saccage des principes ...

Nicolas Sarkozy doit être rappelé à l'ordre - Le Parisien - Neuf mois après son élection à l'Elysée, Nicolas Sarkozy voit s'accumuler les difficultés. En contestant la décision du Conseil constitutionnel sur la loi ...

Tollé général contre la rétention immédiate - Ouest-France - Seule, l'UMP soutient la démarche de l'Élysée pour tenter de contourner les décisions du Conseil constitutionnel sur l'application de la loi Dati. ...

«Pour Sarkozy, la période est agitée» - Libération - La gauche a dénoncé ce week-end «la mise à mal de l’Etat de droit» après la décision du Président de solliciter la Cour de cassation pour trouver une façon ...

Les «sages» trop modérés pour l’Elysée - Libération - Le Conseil constitutionnel s’est livré jeudi à mille contorsions pour que sa décision relative à la loi Dati sur la rétention de sûreté n’apparaisse ni ...

Rétention de sûreté: Nicolas Sarkozy s'est "mis dans un mauvais ... - La Tribune.fr - Jean-Marie Le Pen a estimé dimanche soir que Nicolas Sarkozy s'était "mis dans un mauvais cas" en décidant de saisir le Premier président de la Cour de ...

Nicolas Sarkozy accusé d'affaiblir la fonction présidentielle - L'Express - L'opposition a accusé Nicolas Sarkozy d'affaiblir la fonction présidentielle après son bras de fer institutionnel sur la rétention de sûreté et l'insulte ...

Rétention: une décision sans appel (Accoyer) - Le Figaro - Le président UMP de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer a affirmé aujourd'hui que "les décisions du Conseil constitutionnel" sont "sans appel", ...

Nicolas Sarkozy saisit la Cour de cassation - nouvelobs.com - Le président de la Cour de cassation se voit chargé de trouver les moyens de contourner la censure du Conseil constitutionnel, qui a estimé que la rétention ...

Mission impossible - 20minutes.fr - Votre mission si vous l'accepter, contourner une décision du conseil constitutionnel visant à empêcher à la "rétention de sureté" de ne s'appliquer que dans ...

Rétention de sûreté- Sarkozy persiste, tollé politico-judiciaire - L'Express - Au nom des victimes, qu'il faut défendre contre les monstres, Nicolas Sarkozy justifie sa détermination à rendre la rétention de sûreté applicable ...

Rétention: Sarkozy persiste, tollé judiciaire et politique - L'Express - Nicolas Sarkozy s'est placé samedi du côté des victimes pour justifier sa détermination à rendre la rétention de sûreté applicable immédiatement alors que ...

lundi 12 novembre 2007

Plus forte est la punition, plus grande sera la délinquance...

Une enquête menée par l'Observatoire national de la délinquance vient d’être rendue publique.

Selon cet organisme, près de deux millions de personnes disent avoir été agressées physiquement ou sexuellement au cours des années 2005 et 2006.

Un chiffre particulièrement important puisqu’il représente 5,6 % des français majeurs.

Or il va sans dire que notre système judiciaire pénal est de plus en plus répressif (le nombre des peines d'emprisonnement ne cesse d'augmenter, atteignant un des plus hauts niveaux d'Europe).

Il n’y aurait donc pas de corrélation entre la sévérité des lois pénales et le taux de délinquance ?

Assurément non !

A ceux qui pensent que seule la sanction peut juguler la progression de la délinquance, il suffit d'examiner la situation aux Etats-Unis où le taux d'incarcération est dix fois plus élevé qu'en France et le taux de délinquance, également dix fois plus élevé qu'en France.

Des chiffres ont été avancés, lors du débat sur la récidive : 31 % des anciens détenus récidivent et 32 % des sanctions restent inappliquées.

Est-ce que la solution de ce problème ne tiendrait pas à l'exécution des peines ?

Le législateur ne devrait-il pas donner des moyens à la justice au lieu de se livrer à une surenchère législative ?

Le fait qu’il y ait toujours plus d'enfermement démontre clairement que la prison n'est pas conçue comme un lieu de peine et de réinsertion, mais de relégation.

A consulter, sur le site du Monde : Deux millions de Français disent avoir été agressés en 2005 et 2006

Près de 2 millions de personnes – soit 5,6 % de la population française âgée de plus de 18 ans – disent avoir été agressées physiquement ou sexuellement au cours des années 2005 et 2006, selon une enquête de victimation menée par l'Observatoire national de la délinquance (OND) et publiée lundi 12 novembre.

Pour les besoins de l'enquête, 17 500 personnes représentatives de la population française, ont été interrogées. Deux tiers d'entre elles ont répondu. L'OND, en collaboration avec l'Insee, tente chaque année de mieux cerner la délinquance en France, en se démarquant des statistiques de la police et de la gendarmerie, souvent controversées…

Voir également, sur inhes.interieur.gouv.fr :

Evolution de l'activité des services de la police et de la gendarmerie nationales en septembre 2007
Index 107 septembre 2007
Communiqué de presse

lundi 9 juillet 2007

L'été sera chaud.

Avec les bals populaires et le feu d’artifice, le 14 juillet est traditionnellement le temps du décret de grâces collectives accordées par le Président de la République.

Mais cette année, le Président Sarkozy vient de déclarer qu’en continuité de sa « conception de la République », il n'autoriserait ni amnistie, ni grâce collective.

Au passage, nous noterons qu’il semble vouloir s’approprier le pouvoir d’amnistie, lequel appartient pourtant au domaine législatif…

Cette année, donc, pas de pardon de masse pour les 3000 détenus concernés.

Cette subsistance d’un droit régalien était surtout connue comme la dernière chance pour un condamné d’échapper à la guillotine (voir sur ina.fr, la position de Robert Badinter).

A l’époque, il s’agissait d’un véritable droit de vie ou de mort, ce qui est bien différent de l’enjeu actuel, lequel ne porte que sur quelques mois de détention, au maximum.

Rappelons que le décret de l’année passé prévoyait une remise partielle de peine de 15 jours par mois de détention non encore exécuté, dans la limite de 4 mois.

Certes, notre Président de tient ses promesses de candidat qui souhaitait en finir avec ce « droit régalien » (d’autant que sa position était partagée par l’opposition).

Mais il semble bien que la prérogative royale ne soit pas définitivement abolie.

Notre Président (qui n’a pas souhaiter modifier la Constitution sur ce point) s’est en effet tout de même réservé la possibilité d’une clémence personnelle.

Nous avions déjà souligné le caractère occulte de ce décret, non publié au J.O. Là résidait l’aspect choquant : Un juge condamne mais, au mépris de la séparation des pouvoirs, un Président peut secrètement effacer la condamnation.

Or, notre Président, reconnaît « l'utilité, pour des raisons humanitaires ou exceptionnelles, d'une grâce individuelle »…

Faut-il comprendre que les grâces collectives, qui n’ont en définitive rien d’occulte (puisqu’elles sont abondamment commentées par la presse et classiquement précédées d’un communiqué de l’Elysée) sont supprimées, mais que les grâces individuelles, véritables grâces secrètes, seront maintenues ?

On serait tenté de penser que notre Président souhaite se réserver ce droit pour les seules personnes qu’il choisit et non pas les accorder à la volée, sans considération de la personnalité des condamnés.

Il est vrai qu’il ne doit certainement pas son succès électoral à cette population, d’autant que le droit de vote en prison ne serait pas véritablement effectif.

Sans nul doute, pour des détenus, il s’agit là d’un droit acquis, d’autant que les magistrats doivent très certainement tenir compte dans le prononcé des condamnations de la réduction, jusqu’alors automatique, de cette grâce collective.

Dès lors, la suppression de cette grâce apparaîtra aux yeux des condamnés détenus comme un allongement automatique de leur peine, une sanction supplémentaire et aveugle.

Il faut rappeler qu’avec une population de 60 870 au premier juin 2007 (contre 59 303, en juin 2006), le système carcéral français est au bord de l’explosion, en violation manifeste des conventions internationales dont la France est signataire.

N’oublions pas que le temps ne s’écoule pas de la même manière dans l’enceinte des établissements pénitenciers.

A n’en pas douter, en dépit d’une météo plutôt clémente, cet été sera chaud…

A consulter :

Histoire : … Sous l’Ancien Régime, le droit de grâce appartenait au roi. Sous la Révolution, le Code pénal de 1791 l’avait supprimé. Mais il fut rétabli par le sénatus-consulte du 16 thermidor an X, et n’a jamais disparu depuis lors. Il est loin, d’ailleurs, d’être particulier au Droit français. Presque toutes les législations le consacrent… La grâce, J. Flour « Cours de droit criminel », ( Les cours de droit, Paris 1955-1956 )

En France : Les Archives du ministère de la Justice

A l’étranger : En suisse ; En Belgique (voir également ici) ; Aux Etats-Unis ; En Algérie ; Au Maroc

Sur la Blogosphère :

Le droit de grâce et d'amnistie sont ils contraires à la séparation des pouvoirs ?

In memoriam : la grâce du 14 juillet

lundi 4 juin 2007

Des peines planchers personnalisables…

A quelle sauce allons-nous être mangés ? S’interrogeaient certains…

Cette semaine, la nouvelle Garde des Sceaux, s’est entretenue avec des représentants du monde judiciaire. Les déclarations officielles et autres bruits de couloir laissent entrevoir la nouvelle politique de la justice, tant attendue.

Le calendrier serait le suivant :

Avant la fin d'année, présentation des trois objectifs principaux (remodelage de la carte judiciaire, création de deux textes contre la multirécidive et d'une grande loi pénitentiaire).

Mais dès cet été, les deux textes promis contre les multirédivistes (la création de peines plancher pour les majeurs et la suppression de l'excuse de minorité pour les jeunes de 16 à 18 ans) devraient être soumis au parlement.

Petite remarque au passage, les peines planchers ne seraient pas systématiquement appliquées aux multirécidivistes puisqu' "il y aura une soupape permettant aux juges de motiver la raison pour laquelle ils ne les appliquent pas", a confié la Garde des sceaux.

Soyons clair, puisque les peines planchers ne sont plus systématique, la personnalité des peines est préservée.

Les jugements correctionnels n’étant en général motivés qu’en cas d’appel, ce petit surcoût de travail pour les magistrats (qu’ils nous pardonnent) ne devrait pas les perturber trop.

Ouf ! En une déclaration, cette notion est vidée de son contenu.

Au demeurant certains prétendent qu’une atteinte à la personnalité des peines aurait été inconstitutionnelle…

Toujours avant la fin de l'année, une concertation serait engagée sur la réforme de la carte judiciaire. (Le programme de l’UMP préconisait un TGI par département et une Cour par région, ce qui provoque beaucoup d’inquiétudes…).

Deux des réformes promises par le candidat Sarkozy, celles du Conseil supérieur de la magistrature et de la limitation de la détention provisoire aux personnes soupçonnées d'atteinte à l'intégrité physique des personnes, seront reportées sine die.

De même que la réforme de l'aide juridictionnelle dont on dit depuis toujours que le système doit être remis à plat.

Mais surtout, pas un mot sur les dysfonctionnements de la justice…

Pendant ces beaux discours, le ministre des affaires étrangères et européennes propose deux textes au Sénat :

- un projet de loi autorisant l'adhésion de la France à la convention adoptée à New York le 7 novembre 1962 (!) sur le consentement au mariage, l'âge minimum du mariage,

- un projet de loi autorisant l'approbation de la convention européenne sur l'exercice des droits des enfants.

lundi 7 mai 2007

Le fichage des enfants

Ils ont huit et onze ans et sont menacés de fichage génétique, après avoir volé dans un hypermarché deux tamagotchi et deux balles rebondissantes.

Le père a annoncé qu’il s'opposera au fichage génétique de ses enfants

Que risquent-ils ?

Rien pour le père.

L’article 706-56 II du Code de procédure pénale incrimine en effet le fait de refuser de se soumettre (personnellement) au prélèvement biologique et non de s’opposer au fichage de ses enfants.

La loi pénale étant d’interprétation stricte, l’infraction n’est pas constituée faute d’élément légal.

Si la mère et le père sont d’accord pour refuser ce prélèvement, la question sera de savoir si l’on peut se passer de leur autorisation.

Il faudrait pour cela qu’une juridiction désigne un administrateur ad hoc. Cela ne paraît guère concevable dans la mesure les intérêts du mineur ne sont pas en contradiction avec ceux de ses représentants légaux (condition imposée par l’article 388 - 2 du Code civil).

Imaginons maintenant que les parents ou un hypothétique administrateur ad hoc soient d’accord, mais que les enfants refusent un tel prélèvement.

L’enfant de huit ans ne risque absolument rien puisque la « majorité pénale » est maintenant fixée à 10 ans.

Son grand frère qui a onze ans ne risque pas l’année d'emprisonnement et les 15 000 € d'amende prévues par cet article 706-56 II.

En effet, l’article 2 de l’Ordonnance n°45-174 du 2 février 1945 Ordonnance relative à l'enfance délinquante ne permet de prononcer qu’une « sanction éducative » à l'encontre des mineurs de dix à treize ans.

Cependant, en application de l’article 15-1 de cette ordonnance le tribunal pour enfants pourrait prononcer une mesure d'aide ou de réparation ; une obligation de suivre un stage de formation civique d’un mois ; une mesure de placement pour une même durée dans une institution permettant la mise en oeuvre d'un travail psychologique, éducatif et social ; l’exécution de travaux scolaires ; un avertissement solennel ou encore un placement dans un internat pour une année scolaire.

Ouf ! Il n’est pas encore tout à fait fini le temps de l’insouciance...

Voir nos précédents commentaires.

A consulter :

Sur le site du Monde : A 8 et 11 ans, ils sont menacés de fichage génétique pour vol de jouets

Leur père est choqué. Deux frères de 8 et 11 ans pourraient se voir prélever leur ADN par la gendarmerie pour avoir volé deux tamagotchi et deux balles rebondissantes dans un hypermarché du Nord, raconte Le Parisien, samedi 5 mai. Les échantillons seraient conservés dans le fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg)...

Sur le site du nouvel Observateur : Deux enfants risquent le fichage génétique

Deux frères de 9 et 11 ans, qui ont volé des jouets, risquent d'être inscrits au fichier des empreintes génétiques. Leurs parents s'y opposent...