lundi 26 novembre 2007

L'expertise biologique ordonnée par défaut

L’expertise biologique est de droit, en matière de filiation.

Mais peut elle être ordonnée par défaut ?

Petit rappel :

L’ancien article 340 du code civil disposait : « La paternité hors mariage peut être judiciairement déclarée. La preuve ne peut en être rapportée que s'il existe des présomptions ou indices graves ».

Mais, depuis le 28 mars 2000 pourvoi : 98-12806 la Cour de cassation avait pourtant décidé que « l'expertise biologique est de droit en matière de filiation, sauf s'il existe un motif légitime de ne pas y procéder ».

Et cette solution a été affirmé par le nouvel article 327 du Code civil issu de l'ordonnance n° 2005-759 du 4 juillet 2005 portant réforme de la filiation : Dans ce nouveau texte, l'exigence d'adminicules préalables disparaît clairement.

Or, un arrêt de la première chambre civile de la Cour de cassation du 3 janvier 2006 (pourvoi n° 04-14904) paraissait avoir admis comme motif légitime l'impossibilité d'effectuer l'expertise parce que le défendeur était introuvable (c’était également le cas en l’espèce).

Ce n’est pas l’avis de l’assemblée plénière dans un arrêt de cassation rendu le 23 novembre 2007 !

Extrait :

« Vu les articles 340 et 311-12 du code civil, dans leur rédaction applicable à l'espèce, ensemble, l'article 146 du nouveau code de procédure civile ;

Attendu que l'expertise biologique est de droit en matière de filiation, sauf s'il existe un motif légitime de ne pas y procéder ;

Attendu, selon l'arrêt attaqué, que M. X... a assigné M. Y... en recherche de paternité et demandé, subsidiairement, l'organisation d'une expertise biologique ;

Attendu que, pour débouter M. X..., l'arrêt énonce que la demande tendant à voir ordonner une expertise biologique n'est recevable que s'il a été recueilli au préalable des indices ou présomptions de paternité, que M. X... n'a pas fourni de tels présomptions ou indices et que celui-ci ignorant l'adresse actuelle de M. Y..., sa demande apparaît vaine ;

Qu'en statuant ainsi, la cour d'appel a violé les textes susvisés
»…

A consulter :

Cour de cassation - Assemblée plénière - Arrêt de cassation n° 562 du 23 novembre 2007 (pourvois n° 05-17.975, 06-10.039)

Avis de M. de Gouttes, premier avocat général

… « En conséquence, au vu de tous les éléments exposés ci-dessus, je conclus, sur la question procédurale de principe, en faveur de la recevabilité du pourvoi n° M 06.10.039, sans exclure la possibilité d'un rejet de ce pourvoi sur la question de fond »...

lundi 19 novembre 2007

Un réseau privé virtuel, pour quoi faire ?

Un Décret du 15 novembre 2007 modifiant le code de procédure pénale et relatif à l'utilisation des nouvelles technologies vient d’être publié au J.O.

Ce décret met en place les relations virtuelles entre le juge d'instruction et les avocats. (Copie de dossier numérisée, envoi numérisée adressé par un moyen de communication électronique des ordonnances de règlements, demandes d'actes etc...).

L’e-justice aurait-elle fait son apparition en France ?

Il faut rappeler qu’à l’instar des notaires (il y aurait 7500 utilisateurs quotidiens de l'Intranet notarial), les avocats disposent depuis quelques années de l’outil indispensable pour l’exercice de la profession, au XXIème siècle.

Il s’agit du « réseau privé virtuel avocat » (RPVA), également appelé « La plateforme de services e-barreau », dont la présentation est en ligne, sur www.avocat-conseil.fr.

Les tarifs d’utilisation des services avocat-conseil.fr ont été revus à la baisse, mais ils ne sont vraiment pas attractifs (pour ne pas dire exorbitant…). Ainsi, les frais de mise en service sont de 69,00 € H.T., outre un abonnement de 55 € HT / mois qui comprend la location du « Barreaupack » (boîtier d’accès sécurisé RPVA), un certificat Avocat sur clé USB et une adresse de messagerie.

Nul doute, c’est un peu cher pour la gamme de services proposés. C’est sans doute ce qui explique le peu de succès de ce réseau.

Dès lors, il nous est permis de nous poser la question : Un réseau privé virtuel, pour quoi faire ?

Certes, il pourrait être répondu, pour faire plaisir à notre Garde des Sceaux qui compte dur la dématérialisation des services de la justice pour légitimer la réforme de la carte judiciaire (la distance géographique n’existerait plus) et pour faire de substantielles économies…

Ces réponses ne sont pas satisfaisantes…

Ce réseau serait indispensable pour mettre en place la mise en état éléctronique ?

Tout a fait faux !

Preuve en est que la mise en état virtuelle des Cours administratives d’appel (hors RPVA) est opérationnelle et gratuite depuis des années.

Ce réseau nous permettrait de bénéficier d’un certificat électronique, indispensable pour la communication entre avocats et juridictions ?

Pas vraiment !

La réalité est qu’il existe de nombreuses solutions de certificat électronique gratuit.

Il faut rappeler qu’un tel certificat baptisé « Certificat Fiscal Pro » est d’ailleurs utilisé depuis le 1er janvier 2007 pour la déclaration et le paiement de la TVA des grandes entreprises. A ce sujet, voir, sur impots.gouv.fr Un nouveau certificat électronique délivré gratuitement aux entreprises

Ce réseau nous permettrait de recevoir les copies de pièces des dossiers pénaux (comme le prévoit le décret récemment publié) ?

Absolument pas !

La délivrance de copie de dossier d’instruction numérisée existe (au pôle financier de Paris, par exemple). Elle est gratuite. Elle se fait par la communication de CD ROM, avec le logiciel ZySEARCH.

Nul besoin d’un réseau virtuel pour la communication de CD qui peut parfaitement se faire par la voie postale (au demeurant, il est totalement irréaliste de penser qu’un volumineux dossier d’instruction puisse être envoyé par mail !).

Ce réseau nous permettrait de bénéficier d’échanges électroniques totalement sécurisés ?

Là encore, pas vraiment…

La sécurité absolue n’existe pas en la matière.

En réalité, des risques de vulnérabilité existent et il est d’ailleurs expressément prévu de suspendre les services de ce réseau en cas d’apparition d’un tel risque.

Il faut se référer à la page 8 de la convention cadre nationale concernant le développement des nouvelles technologies de communication dans le débat judiciaire entre les tribunaux de grande instance et les avocats : signée le 28 septembre 2007 par la Garde des Sceaux et le Président du Conseil National des Barreaux.

Ainsi, il existe sur le marché des offres beaucoup plus raisonnables d’accès à un réseau sécurisé et à l’ensemble de l’internet. La messagerie sécurisée est incluse dans la plupart des offres ADSL. Le certificat sur clé USB cryptographique est habituellement gratuit. L’outil de signature électronique est inclus dans Outlook.

Le seul « service professionnel » avocat-conseil.fr justifie-t-il de tels excès ?

Nous avons du mal à comprendre l’utilité de ce RPVA si ce n’est d’enrichir l’entreprise France Telecom Equant, filiale de France Télécom.

Car il semble bien que le prix de ce réseau s’explique par la situation de monopole : l’accès au service e-Barreau ne sera réservé qu’aux seuls avocats utilisant le réseau sécurisé, la boite à lettre @avocat-conseil.fr et le Certificat Avocat.

Au départ, ce choix a été imposé par la Chancellerie pour des raisons de sécurité. En ce sens, la première convention a été signée le 4 mai 2005 par le Ministre de la Justice et le Président du Conseil National des Barreaux sur la communication électronique entre les TGI et les avocats qui définit une connexion unique du réseau avocat, au réseau justice.

Cette pratique anticoncurrentielle ne résulte pas d’un texte législatif ou règlementaire et n’est pas justifiée par un progrès économique pour les utilisateurs, bien au contraire.

Dès lors, nous attendons la réaction des syndicats d’avocats qui ont la possibilité de saisir le Conseil de la concurrence, compétent pour donner son avis sur une telle question et, éventuellement, pour ordonner qu’il soit mis fin à cette situation…


A consulter :

Sur presse.justice.gouv.fr Examen du projet de loi de finances 2008

Pour améliorer son fonctionnement, la justice doit utiliser les outils de son temps.

Les nouvelles technologies facilitent l’accès à la justice. Elles la rendent plus rapide, plus réactive, plus efficace.La numérisation des procédures pénales (en 2008) et civiles (en 2009), la communication électronique avec les auxiliaires de justice, la visioconférence permettront des améliorations sans précédent. Des sites pilotes les utilisent déjà avec des résultats prometteurs.

Demain, le justiciable et son avocat pourront suivre l’avancement de leur procédure sans avoir à se déplacer. Ils pourront consulter ou compléter un dossier à distance. Ils pourront recevoir un jugement par courrier électronique. Les greffes gagneront un temps précieux, qui pourra être consacré à des travaux plus utiles que la reprographie des dossiers.

Plus de 67 millions d’euros seront consacrés en 2008 aux programmes informatiques de la Justice...

Voir également, sur le site de l’Assemblée nationale : l’avis présenté PAR M. Jean-Paul GARRAUD, sur le projet de loi de finances pour 2008 (TOME IV - JUSTICE - ACCÈS AU DROIT) : La dématérialisation des documents et des procédures

lundi 12 novembre 2007

Plus forte est la punition, plus grande sera la délinquance...

Une enquête menée par l'Observatoire national de la délinquance vient d’être rendue publique.

Selon cet organisme, près de deux millions de personnes disent avoir été agressées physiquement ou sexuellement au cours des années 2005 et 2006.

Un chiffre particulièrement important puisqu’il représente 5,6 % des français majeurs.

Or il va sans dire que notre système judiciaire pénal est de plus en plus répressif (le nombre des peines d'emprisonnement ne cesse d'augmenter, atteignant un des plus hauts niveaux d'Europe).

Il n’y aurait donc pas de corrélation entre la sévérité des lois pénales et le taux de délinquance ?

Assurément non !

A ceux qui pensent que seule la sanction peut juguler la progression de la délinquance, il suffit d'examiner la situation aux Etats-Unis où le taux d'incarcération est dix fois plus élevé qu'en France et le taux de délinquance, également dix fois plus élevé qu'en France.

Des chiffres ont été avancés, lors du débat sur la récidive : 31 % des anciens détenus récidivent et 32 % des sanctions restent inappliquées.

Est-ce que la solution de ce problème ne tiendrait pas à l'exécution des peines ?

Le législateur ne devrait-il pas donner des moyens à la justice au lieu de se livrer à une surenchère législative ?

Le fait qu’il y ait toujours plus d'enfermement démontre clairement que la prison n'est pas conçue comme un lieu de peine et de réinsertion, mais de relégation.

A consulter, sur le site du Monde : Deux millions de Français disent avoir été agressés en 2005 et 2006

Près de 2 millions de personnes – soit 5,6 % de la population française âgée de plus de 18 ans – disent avoir été agressées physiquement ou sexuellement au cours des années 2005 et 2006, selon une enquête de victimation menée par l'Observatoire national de la délinquance (OND) et publiée lundi 12 novembre.

Pour les besoins de l'enquête, 17 500 personnes représentatives de la population française, ont été interrogées. Deux tiers d'entre elles ont répondu. L'OND, en collaboration avec l'Insee, tente chaque année de mieux cerner la délinquance en France, en se démarquant des statistiques de la police et de la gendarmerie, souvent controversées…

Voir également, sur inhes.interieur.gouv.fr :

Evolution de l'activité des services de la police et de la gendarmerie nationales en septembre 2007
Index 107 septembre 2007
Communiqué de presse

lundi 5 novembre 2007

Le tourisme procréatif

Gestation pour autrui, grossesse de substitution, enlèvement d'enfant, adoption frauduleuse…

Ou tout simplement, mère porteuse ?

Cette pratique a été interdite par la loi n°94-653 du 29 juillet 1994 relative au respect du corps humain, dite « loi bioéthique », mais il n’est pas certain que cette interdiction survive à la révision de cette loi, prévue pour 2009.

En voici un signe avant coureur.

C’est le quotidien Libération qui a lancé le scoop.

Fin octobre, la cour d'appel de Paris a tranché en faveur d'un couple qui a eu recours à une mère porteuse américaine pour donner naissance à des jumelles,

La Cour a jugé conformes « les papiers américains » désignant le couple comme les parents des jumelles, au motif que « la non-transcription des actes de naissance aurait des conséquences contraires à l'intérêt supérieur des enfants ».

Pour l’heure, nous ignorons si un pourvoi en cassation a été interjeté.

Résumons nous : Pour un mariage homosexuel, il faut se rendre en Belgique, pour l’euthanasie, le meilleur état est la Suède et pour une mère porteuse, la destination sera au choix : la Belgique, la Grande-Bretagne, la Grèce, le Canada ou les Etats-Unis.

Nous vivons dans un monde ou les législations sont en concurrence. Le justiciable n’a qu’un avion à prendre pour choisir le droit qui lui sera applicable. Dès lors, comment interdire ce qui est autorisé hors de nos frontières ?

« Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà », écrivait Pascal. Une citation qui reste d’actualité…

Sans rentrer dans le débat idéologique, cette solution a le mérite d’avoir été rendue au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant.

« La mère porteuse ne prostitue pas plus son corps que la nourrice ne prostitue son lait », avait déclaré Françoise Dolto en 1984.

Vous pouvez consulter le blog ouvert par les parents : claradoc.canalblog.com ainsi que le site du Comité de soutien pour la Légalisation de la GPA (Gestation Pour Autrui) et l'Aide à la Reproduction Assistée : claradoc.aceblog.fr
Voir également :
Sur afp.google.com : La justice reconnaît le recours à une mère porteuse à l'étranger

La justice française a donné raison fin octobre à un couple qui avait eu recours à une mère porteuse américaine pour porter leurs jumelles, alors que cette pratique est interdite en France, a révélé la presse samedi.

La cour d'appel de Paris a jugé conformes les papiers américains désignant Dominique et Sylvie comme les "parents" des jumelles, ce que contestait le ministère public, selon le quotidien Libération.

Voir également :

Un premier pas vers la légalisation des mères porteuses - Le Figaro
Né de mère porteuse, enfant de personne - Le Monde
La justice reconnaît comme "parents" un couple ayant eu recours à ... - Le Monde