lundi 28 janvier 2008

Pourquoi pas nous ?

Nous vous reparlons des directives européennes luttant contre le blanchiment d'argent, dont la troisième, de 2005, est en cours de transposition. Ces directives étendent aux avocats l'obligation de déclaration de soupçon pour certaines interventions.

Rappelez-vous, selon la Cour de justice des Communautés, la déclaration de soupçon n’est pas contraire au principe du procès équitable (question préjudicielle posée par les barreaux belges, CJCE, arrêt du 26 juin 2007 - aff. C 305/05).

Dès lors, l'avocat qui a prêté serment d'exercer sa profession notamment avec conscience et indépendance se verra-t-il sanctionné si celle-ci ne rejoint pas les attentes européennes ?

La Cour constitutionnelle belge a répondu par la négative dans un arrêt rendu le 23 janvier 2008.

Elle était saisie par l'Ordre des barreaux belges et le Conseil des barreaux de l'Union européenne.

Les requérants critiquaient des dispositions légales belges qui obligent les avocats, sous peine d'amende, à informer les autorités de faits, ou de soupçons, de blanchiment d'argent, au nom du respect de l’indépendance des avocats, leur secret professionnel et leur devoir de loyauté à l'égard de leurs clients.

La Cour constitutionnelle leur a donc donné raison.

En France, une procédure semblable à celle initiée en Belgique est pendante devant le Conseil d'Etat.

Inutile de rappeler que tous les avocats des pays membres sont en concurrence.

Pourquoi ne pas exempter les avocats français de cette obligation de dénonciation, à l’instar de leurs Confrères belges ?

L’arrêt est en ligne (PDF)

A lire :

Sur le blog de Thierry Wickers : Blanchiment : arrêt du 23 janvier 2008 de la Cour constitutionnelle belge : La Cour constitutionnelle belge a été la première à porter, à l'occasion de sa transposition, une appréciation sur les dispositions de la troisième directive "anti-blanchiment".

Sur le site du Monde : Blanchiment : la justice belge défend le secret professionnel des avocats, par Jean-Pierre Stroobants

A consulter également :

Sur Avocatparis.org : un Communiqué de presse de Christian Charrière-Bournazel, bâtonnier de l'Ordre des avocats de Paris :

...« Je propose qu’il y soit prévu les dispositions suivantes : lorsqu’un doute apparaîtra sur l’origine des fonds, l’avocat jouera son rôle de conseil. Il en informera son client, et son client seulement ; il lui demandera de l’autoriser à solliciter de Tracfin, par l’intermédiaire du bâtonnier, un certificat de conformité à défaut duquel il refusera son concours.

Mais rien ne se fera sans l’accord du client, ni encore moins à son insu.

La loi devra également fixer un seuil raisonnable à partir duquel cette procédure de vérification sera obligatoire. On peut s’inspirer du seuil prévu à l’article 80 duodecies du code général des impôts. Tracfin devra avoir l’obligation de répondre dans le délai d’un mois. Le silence gardé par Tracfin vaudra absence d’opposition de sa part.

Encore une fois, les avocats ne sont pas arc-boutés dans une posture d’opposition qui serait un renoncement à l’action ; ils ont le souci de proposer et de construire »...

Sur tracfin.minefi.gouv.fr : Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins - Le dispositif de déclaration de soupçon
Vous pouvez écouter :

lundi 21 janvier 2008

Courage, Abdoulaye !

Le Barreau d’Aix-en-Provence est en émoi.

Comment une telle chose peut-elle être possible ?

Le préfet des Bouches-du-Rhône (par ailleurs membre du Haut Conseil à l'intégration !) a adressé, le 1er octobre, à notre Confrère, Maître Abdoulaye Coulibaly, un arrêté de refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois.

Cette décision est invraisemblable : cet aixois est plus qu’un ancien du Barreau (il a prêté serment le 07 janvier 1980).

Nul besoin de répéter que notre Confrère, Maître Abdoulaye Coulibaly, âgé de 70 ans, vit en France depuis 1962. Marié depuis 15 ans avec une Française, il est le père d'un garçon de 22 ans. Il est inscrit au barreau d'Aix-en-Provence depuis 28 ans.

Ceux qui connaissent Maître Coulibaly seront tristes de voir les commentaires de certains internautes (voir, sur laprovence.fr, sous l’article : Le préfet oblige un avocat malien inscrit à Aix depuis 28 ans à quitter le territoire, par Luc LEROUX).

Toute la profession d'avocat a décidé de faire bloc. Le Syndicat des Avocats de France, le Conseil national des barreaux et l’Ordre des avocats d’Aix-en-Provence sont intervenus lundi matin à l'audience...

Le commissaire du gouvernement a demandé au tribunal administratif de Marseille l'annulation de l'arrêté.

David Lambert, le chef du bureau des étrangers à la préfecture a assuré que le traitement réservé à l'avocat était "égalitaire", comme pour "n'importe quel étranger déposant une demande de séjour". Et c’est cela qui est grave !

Web Info Hebdo ne manquera pas de vous tenir informé du délibéré…

Sur les Blogs :

Deux enquêtes sur le Blog de Me ALLEGRA :

AFFAIRE COULIBALY : Une affaire en cacherait-elle une autre ?

Le préfet de Marseille est membre du Haut Conseil à l'intégration

Merci à Eolas pour son billet de soutient et à tous ses lecteurs, pour leur 104 commentaires (voir en particulier : les premières impressions d’audience, par delph).

Egalement merci à Rene Houssin, pour avoir également relayé l'info (avant moi), à Jean de Valon, à Michele Bauer, à Angel La Torre.

La presse :

Un avocat malien menacé d'expulsion - nouvelobs.com - Il est inscrit au barreau d'Aix-en-Provence depuis 28 ans. De nombreux d'avocats en robe, dont les bâtonniers d'Aix et Marseille ainsi que des représentants ...

La préfecture des Bouches-du-Rhône renonce à expulser un avocat malien - AFP - La préfecture des Bouches-du-Rhône a renoncé lundi à expulser un avocat malien âgé de 70 ans et présent en France depuis quarante-cinq ans ...

Immigration - Un avocat malien risque l’expulsion - France Soir - Un avocat est sous le coup d’un éloignement de territoire malgré plus de 28 ans d’exercice de sa profession en France. Maître Abdoulaye Coulibaly, avocat à ...

Dehors, l'avocat malien ! Solidarité avec Maître Coulibaly - Indymedia

En parlant d’aberrations administratives, ou de folie judiciaire au choix… - casawaves.com

lundi 14 janvier 2008

La fusion, pourquoi pas ?

Le Président du Conseil National des Barreaux vient de mettre en ligne une « Lettre à tous les avocats de France »...

Le lecteur sera peut être surpris par le ton employé par son rédacteur.

C'est oublier que la profession considère qu'elle est "en guerre" contre le gouvernement.

Ainsi on pourra lire que les avocats, « conçu comme des adversaires » subissent des « attaques répétées » : « chacun d'entre nous doit se préparer à affronter une crise d'une gravité inédite ».

On y parle également de « bouleversements de plus grande ampleur »

En réponse à la « la stratégie gouvernementale », il nous est proposé de « structurer notre action », de créer des « groupes d'action » (de combat ?) au sein de chaque barreau.

Allons-nous remporter une victoire contre un gouvernement soutenu par le législateur ?

Rien n'est moins sûr, d'autant que l'opinion publique ne semble pas nous porter dans son coeur (la lecture des commentaires des blogs est là pour nous le démontrer quotidiennement)

La guerre n'est peut-être pas la solution.

Par nature l'avocat ne doit-il pas préférer la négociation au litige ?

Une piste de réflexion pourra être trouvé sur le forum qui a été ouvert sur le site du Conseil National des Barreaux.

Ainsi, vous pourrez consulter le dernier sujet mis en ligne : "réforme, pas réformette" par Me CHAPELIN-VISCARDI :

« Le moment est venu de mettre en chantier la fusion des professions de notaire et d'avocat. L'europe le réclame - les usagers ont tout à y gagner et enfin face aux professionnels du chiffre existera une profession du droit forte de son nombre et de sa diversité ainsi que de son efficacité par l'ensemble des services offerts. Ne pas tomber dans le corporatisme c'est bien ce que cet avatar nous permet enfin ! Militons pour cette vraie réforme - ne nous laissons pas dépecer par petits bouts - C'est pourquoi il faut refuser toute réformette et proposer une vraie réforme : la fusion avocat/notaire »

J'avais également rapidement évoqué, à la fin d'un précédent article, cette possible fusion.

Cette évolution irait dans le sens de l'évolution des métiers du droit dans l'union européenne.

Qu'en pensez-vous ?

Vous pouvez vous exprimer dans le forum du CNB et prendre position grâce au sondage que nous avons mis en ligne :
ici.

Cet article est également en ligne sur le Blog de Nicolas CREISSON.

lundi 7 janvier 2008

La mort en douceur

« Vous écrivez en tête du préambule de votre constitution : « en présence de Dieu » et vous commenceriez par lui dérober ce droit qui n’appartient qu’à lui, le droit de vie et de mort ».

Victor Hugo

Un débat actuel, aux Etats-Unis, nous replonge dans une controverse qui a précédé la naissance de la guillotine, en France, celle du choix de la méthode d'exécution.

Quel sens faut-il donner à l’adoption de la guillotine ? D’abord, elle est fille des Lumières, dans la mesure où elle permet de donner la mort avec humanité, la mise à mort étant rapide et douce, sans bavure. Elle répond pleinement ainsi à ce vœu d’un cahier de doléances souhaitant « que la peine de mort soit exécutée d’une seule manière, la moins douloureuse » et au vœu de Marat - dans son Plan de législation criminelle - de rendre « affreux l’appareil du supplice, mais que la mort soit douce ». Elle est fille des Lumières également parce qu’elle est démocratique, égalitaire, et opère, si l’on peut dire, un nivellement par le haut donnant à tous ce qui n’était auparavant que le seul privilège de la noblesse. Elle ménage également les spectateurs en effaçant l’horreur des tortures et supplices… (La peine de mort en France : Deux siècles pour une abolition (1791-1981) 1/3, par Jean-Claude Farcy)

La Cour suprême des Etats-Unis doit en effet statuer aujourd’hui sur la question de savoir si la peine de mort par injection est un « châtiment cruel et inhabituel interdit par la Constitution ».

Vous l'aurez compris, il ne s’agit pas d’une remise en cause du principe de la peine capitale, mais de la méthode d’exécution.

La question d’importance puisque tous les Etats (à l'exception du Nebraska) appliquant la peine de mort, utilisent ce procédé.

Depuis septembre dernier, La Cour suprême a imposé un moratoire sur les exécutions.

L'arrêt est attendu pour la fin du mois de juin.

Nous rappelons les deux précédentes dates marquantes : le 1er mars 2005, la Cour suprême des Etats-Unis avait aboli la peine de mort à l'encontre des mineurs de moins de 18 ans au moment où ils ont commis leur crime et le mois dernier, le New Jersey est devenu lui le premier Etat de l'Union à abolir la peine de mort depuis son rétablissement, par la Cour suprême, en 1976

A consulter :

La peine de mort - Etats-Unis

La peine de mort dans le monde

La Chine va accroître l'usage de l'injection létale

En France :

Voir nos observations sur la commémoration du 25e anniversaire de l'abolition de la peine de mort en France.

Les deux derniers textes :

- la loi n° 2007-1164 du 1er août 2007 autorisant l'adhésion au deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, visant à abolir la peine de mort.

- la loi n° 2007-1165 du 1er août 2007 autorisant la ratification du protocole n° 13 à la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, relatif à l'abolition de la peine de mort en toutes circonstances.