lundi 31 mars 2008

Le prix de la dignité

Comment songer à la réinsertion, si notre République n'accorde pas aux détenus la dignité inhérente à la personne humaine ?

On s'en souvient, par trois décisions du 14 décembre 2007, l'Assemblée du contentieux du Conseil d'Etat a renforcé le contrôle exercé par le juge administratif sur la situation des détenus. En l'état de la situation des détenus en France, un nouveau contentieux administratif était à prévoir. Voici un premier jugement de condamnation de l'Etat :

TA DE ROUEN - 0602590 - RÉPUBLIQUE FRANÇAISE C/ Mr D (Extrait) :

"Considérant qu'il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'expertise de M. Dewulf et du docteur Nouvellon, que M. D a été incarcéré pendant plus de quatre ans à la maison d'arrêt de Rouen, dans différentes cellules de cet établissement en présence de deux autres codétenus ;

que ces cellules, d'une superficie de 10,80 à 12,36 mètres carré, ne comportaient pas de ventilation spécifique du cabinet d'aisance ni de cloisonnement véritable avec la pièce principale ;

que ces cabinets d'aisance sont au surplus non munis d'occlusion de la cuvette et situés à proximité immédiate du lieu de prise des repas ;

que ces conditions de détention constituent, dans les circonstances de l'espèce, un manquement aux règles d'hygiène et de salubrité telles qu'elles sont définies par les articles du code de procédure pénale précité ;

qu'eu égard à la durée particulièrement longue de l'encellulement dans de telles conditions, à la taille des cellules, à la promiscuité et l'absence de respect de l'intimité du requérant qui en est résulté, M. D est fondé à soutenir qu'il a été incarcéré dans des conditions n'assurant pas le respect de la dignité inhérente à la personne humaine, en méconnaissance de l'article D. 89 du code de procédure pénale précité ;

que ces manquements constituent un comportement fautif de nature à engager la responsabilité de l'administration pénitentiaire
"...

Sur le site prison.eu.org : L'ETAT FRANÇAIS CONDAMNÉ POUR NON RESPECT DE LA DIGNITÉ INHÉRENTE À LA PERSONNE HUMAINE, par la rédaction de Ban Public. Dans son arrêt (jugement : NDLR) en date du jeudi 27 mars, le tribunal administratif de Rouen a condamné l'Etat à verser 3 000 euros à Christian Donat pour "préjudice moral", considérant qu'il avait été incarcéré "dans des conditions n'assurant pas le respect de la dignité inhérente à la personne humaine"....

Sur Paroles de juges : Quand les juges condamnent le ministère de la justice, par Michel Huyette : Le tribunal administratif de Rouen vient de rendre une décision particulièrement intéressante (pour la télécharger cliquez sur le lien sous cet article) en ce que cette juridiction condamne l'Etat à cause de conditions d'emprisonnement inacceptables...

Le jugement est ici (HTML)

Et ici (PDF)

Petit calcul : Cela fait 3 000 X 60 000 détenus = 1 800 000 000 € (oui, vous avez bien lu), de condamnations potentielles pour la France...

Un autre calcul :

3000 / (365 jours x 4 ans) = 2 € par jour.

Oui, le préjudice de l'indignité a été évalué à 2 euros par jour !!!

N'est ce pas une indignité supplémentaire à la considération que l'on porte à un détenu ?

En réalité, il suffirait d’adopter la Charte pénitentiaire européenne.

Il est vrai qu’une Proposition de loi constitutionnelle de M. Michel HUNAULT visant à intégrer la Charte pénitentiaire européenne dans la Constitution du 4 octobre 1958, n° 3470, a été déposée le 30 novembre 2006 et renvoyée à la commission des lois constitutionnelles.

Mais depuis, plus rien…

lundi 24 mars 2008

La réforme de la réforme de l’adoption.

Il était temps.

L’encre de la précédente réforme venait juste de sécher…

Voici donc un rapport qui annonce un projet de réforme de la loi du 4 juillet 2005 portant réforme de l'adoption.

Il s’agit de 32 propositions, de Jean-Marie COLOMBANI, Annick MOREL, Bénédicte VASSALLO et Philippe ZELLER pour améliorer le système actuel, en ligne sur le site de la Documentation française : Rapport sur l’adoption.

Malheureusement, nulle trace de la question de l’adoption par un couple homosexuel, pourtant au centre des interrogations ces derniers mois.

Pour comprendre les récentes évolutions de notre droit positif, un petit rappel s’impose.

Le 30 décembre 2004, est entré en vigueur une loi portant création de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité, supposée prévenir et réprimer les discriminations, notamment celles fondées sur l'orientation sexuelle.

Aussi, à l’occasion de la discussion parlementaire de la loi du 4 juillet 2005 portant réforme de l'adoption, dont la finalité était de faire de l'adoption un des piliers de la politique familiale de la France, deux amendements qui prévoyaient l’impossibilité de refus d’agrément en raison de l’orientation sexuelle avaient été rejetés par le Sénat.

Puis, par une décision qualifiée d’historique, rendu sur l’avis non conforme de l’avocat général, la première chambre civile de la Cour de cassation a rendu le 24 février 2006 un arrêt de rejet, au nom de l’intérêt supérieur des enfants, par laquelle elle décide que l’autorité parentale pourra être partagée entre une mère et sa compagne (voir le communiqué).

La justice française faisait ainsi un pas vers l'homoparentalité.

De nombreux parents gays et lesbiens se sont probablement rendus chez le juge pour obtenir cette délégation de l'autorité parentale.

Mais tous attendaient de connaître les conséquences pour la filiation (c’est-à-dire pour l'adoption) qui seraient tirées de cet arrêt.

Ils seront déçus : le 20 février 2007, la Première chambre civile de la Cour de cassation a rendu deux arrêt de cassation et rejet (pourvois n° 06-15.647 et 04-15.676) statuant sur cette question

Ni l'intérêt de l'enfant, ni la discrimination à l'encontre des personnes de même sexe n’ont fait fléchir la Cour, qui maintient sa position en statuant, d'une manière inédite, au regard des règles européenne (Arrêt de rejet n° 1468 du 19 décembre 2007 - pourvoi n° 06-21.369 - voir le Communiqué).

Mais cette position semble contraire à la convention européenne des droits de l’homme, comme en témoigne cet arrêt du 22 janvier 2008 : ADOPTION - COUPLE HOMOSEXUEL - COUR EUROPÉENNE DES DROITS DE L’HOMME - 038 - 22.1.2008 - Communiqué du Greffier - ARRÊT DE GRANDE CHAMBRE E.B. c. FRANCE

La Cour européenne des droits de l’homme a prononcé aujourd’hui en audience publique son arrêt de Grande Chambre dans l’affaire E.B. c. France (requête no 43546/02).

La Cour conclut, par dix voix contre sept, à la violation de l’article 14 (interdiction de la discrimination) combiné avec l’article 8 (droit au respect de la vie privée et familiale) de la Convention européenne des droits de l’homme.

En définitif, l’agrément peut être refusé à un couple homosexuel, mais pas pour ce simple motif.



Liens :
Rapport sur l’adoption - Bibliothèque des rapports publics - La Documentation française
Organismes habilités pour l’adoption internationale - Ministère des affaires étrangères et européennes
L’adoption : désir de famille et intérêt de l’enfant - La sélection de la Bibliothèque des rapports publics - Bibliothèque des rapports publics - La Documentation française

Au sujet de la loi du 4 juillet 2005 portant réforme de l'adoption : Sur le site du Sénat, le dossier ; sur celui de l’Assemblée nationale, le dossier.

lundi 10 mars 2008

La loi française est malade.

Malade de ne pouvoir être appliquée, faute de publication des mesures réglementaires.

Le virus en question se nomme « inertie des gouvernements ».

Tous ceux qui se sont succédés ces dernières années ont appelé à toujours plus de frénésie législative, sans se donner les moyens d’appliquer correctement les nouveaux textes.

Cette maladie est source d’incertitude pour le justiciable. Elle traduit un irrespect du peuple français, au nom de qui la loi est votée.

Sans conteste, le meilleur diagnostic a été posé par le Sénat. Cette assemblée propose des rapports annuels d'application des lois (Voir également : Le contrôle de l'application des lois).

Et pour chaque dossier législatif, le Sénat dresse un état d'application de la loi après sa promulgation.

Par exemple, le lecteur consultera avec intérêt le Contrôle de l'application de la loi 2007-290 du 05/03/2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale

Cette loi a été publiée au JO il y a plus d’un an, mais il reste encore 14 décrets en attente de publication…

Aussi nous ne pouvons que saluer un récent essai de thérapie.

Il s’agit d’une circulaire du Premier ministre du 29 février 2008, relative à l'application des lois, qui vient d’être publiée au JORF n°0057 du 7 mars 2008, page 4233.

Extrait :

1. Je vous demande de désigner, au sein de votre administration centrale, une structure clairement identifiée qui sera responsable de la coordination du travail d'application des lois pour l'ensemble de votre ministère. Vous indiquerez au secrétariat général du Gouvernement, dans les meilleurs délais, les dispositions que vous aurez prises.

Il appartiendra à cette structure d'assurer un suivi centralisé de l'état des travaux de votre département ministériel au titre de l'application des lois et d'en répondre envers mon cabinet et le secrétariat général du Gouvernement.

Elle devra être en mesure de vous alerter en temps utile sur les difficultés susceptibles d'apparaître dans la préparation des mesures, qu'il s'agisse de difficultés afférentes à l'organisation des services, de difficultés interministérielles ou de mise en œuvre des obligations de consultation.

2. L'adoption d'une loi nouvelle est suivie d'une réunion interministérielle qui permet de déterminer le ministère responsable de la préparation de chaque décret et d'arrêter un échéancier prévisionnel.

Cet échéancier sera désormais transmis par mes soins aux deux assemblées.

Un point de situation sera fait à l'issue d'une période de trois mois après l'adoption de la loi. Il permettra d'identifier les textes dont la préparation se heurte à des difficultés particulières. Ces textes feront l'objet d'un suivi étroit.

Un bilan de l'application des lois sera établi tous les six mois, ministère par ministère. Il sera adressé au Parlement, remis à la presse et mis en ligne sur internet.

3. De façon générale, je demande à chaque membre du Gouvernement de répondre rapidement lorsqu'il est saisi d'un projet de décret par le ministre rapporteur.

Toute difficulté, qu'elle résulte d'un différend interministériel exprès ou vienne d'une absence de réponse, doit être signalée sans tarder à mon cabinet qui provoquera une réunion d'arbitrage.

Pour l’heure, nul ne peut pronostiquer une amélioration du patient.

Mais reconnaître la maladie, c’est déjà arpenter le long chemin de la guérison.

lundi 3 mars 2008

http://www.notetonjuge.com

Les élèves ne pourront plus noter leurs profs, la fin d’un rêve…

note2be n’a donc vécu légalement qu’un petit mois…

C’est le sens d’une ordonnance de référé rendue ce 4 mars 2008 par le Président du TGI de Paris (sur le site du Monde : La justice interdit les notes nominatives des professeurs sur note2be.com).

Le site en question a immédiatement mis en ligne en page d’accueil le message suivant : « suite à un très grand nombre de connexions notre site est momentanément indisponible. Vous pouvez cependant nous laisser votre email, nous vous contacterons pour vous envoyer votre lien d’inscription à note2be ».

Mais ce matin, l'accès à la liste des 50 000 enseignants notés, pour une moyenne générale de 14/20 était de nouveau possible.

Si l’on en croit la presse, le Président du tribunal aurait retenu la notion « d’atteinte aux activités d'enseignement ». Il aurait aussi souligné les "risques sérieux de dérive polémique".

Il est vrai que le ministre de l'éducation nationale, avait officiellement soutenu le syndicat d’enseignant plaignant.

Cette décision (et sous réserve de l’analyse de l’ordonnance qui n’est pas encore en ligne sur Légalis.net) ne peut satisfaire le juriste.

C’est également la position de note2be qui a interjeté appel.

Nul doute : la Cour aura à trancher un litige qui menace la liberté d'expression sur internet.

Pour mémoire, nous rappelons le droit positif : L’article 1er de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l'économie numérique dispose : « La communication au public par voie électronique est libre ».

Le principe étant la liberté, il n’est pas interdit de citer nominativement une personne, sous réserve de ne pas commettre d’injure, de diffamation, de violation de la vie privée etc.

Mais, tout internaute peut librement exprimer son opinion sur qui que ce soit.

Simplement, l'article 6 IV de cette même loi prévoit que « Toute personne nommée ou désignée dans un service de communication au public en ligne dispose d'un droit de réponse » (un décret n° 2007-1527 du 24 octobre 2007 relatif au droit de réponse applicable aux services de communication au public en ligne en précise les modalités).

Ces principes fort simple peuvent-ils être mis en échec au nom d’une «atteinte aux activités d'enseignement » (principe juridique nouveau) ou d’un « risques de polémique » (concept également nouveau) ?

La Cour aura à le trancher.

Son arrêt conditionnera l’existence des nombreux sites de notation.

En effet, le concept fait des émules : note2bib.com vient d’être créé. Pour l’heure, ce site n’est pas encore actif mais la page d’accueil promet "un observatoire de la relation humaine dans le domaine de la santé, un lieu d'échange entre les patients, un instrument d'alerte",

Les avocats n’on pas été oubliés. Il existe en effet un site qui propose un système d'évaluation des avocats de France.

Il semble en effet que la Garde des Sceaux n’ai pas eu la même réactivité que son homologue de l'éducation nationale…

Quoi qu’il en soit, ce site est actif.

La présentation est la suivante : « …Le présent site publie les copies de plaintes déjà transmises auprès des instances professionnelles ou judicaires dont les avocats font l'objet dans le cadre de leur mandat…

Un petit sondage en ligne n'est pas très glorieux pour la profession (voir le Module d'évaluation des auxiliaires de justice. La question est la suivante : « quelle est votre taux de confiance à l'égard de la profession d'avocat ? » )…

La réflexion n’est pas écartée puisqu’un groupe Google est dédié au débat sur l'opportunité du système de notation des avocats : Système de Notation des Avocats de France (inscription obligatoire).

En définitive, vous pourrez constater que seuls 5 avocats sont présents sur cette liste noire !

(Par bonheur les avocats de l’équipe Web Info Hebdo n’y sont pas...).

Le site semble avoir été créé en octobre 2006. Ce score est finalement tout à fait à la gloire de la profession...

Nous attendons avec impatience la création de notetonjuge.com.